Plus de 800 000 salariés en France dépendent de la convention collective des bureaux d’études techniques, cabinets d’ingénieurs-conseils et sociétés de conseils. Ce texte, mieux connu sous le nom de convention Syntec (IDCC 1486, brochure 3018), encadre les conditions de travail dans des secteurs aussi variés que le numérique, l’ingénierie, le conseil en management ou l’organisation d’événements professionnels.
Le problème ? Entre la version originale de 1987, la refonte modernisée entrée en vigueur le 1er mai 2023 et les avenants salariaux réguliers, il est difficile de s’y retrouver. Cet article détaille point par point ce que prévoit la convention Syntec en 2026 : champ d’application, classification, grilles de salaires, préavis, congés, prévoyance et bien plus.
Qu’est-ce que la convention collective Syntec (IDCC 1486) ?
La convention collective nationale des bureaux d’études techniques, des cabinets d’ingénieurs-conseils et des sociétés de conseils a été signée le 15 décembre 1987 par les partenaires sociaux de la branche. Elle porte le numéro d’identification IDCC 1486 et le numéro de brochure 3018.
Son rôle est de fixer les règles spécifiques applicables aux relations de travail dans les entreprises concernées, en complément du Code du travail. Quand la convention prévoit des dispositions plus favorables que la loi, ce sont elles qui s’appliquent. Et inversement : si la loi est plus avantageuse sur un point précis, c’est le Code du travail qui prime.
Pour approfondir vos connaissances sur le fonctionnement général des conventions collectives, consultez notre guide détaillé.
En juillet 2021, les partenaires sociaux ont signé l’avenant n° 46 pour moderniser le texte. L’objectif : passer de 84 articles à 69 articles répartis en 13 chapitres, sans changer le fond du droit applicable. Cette version modernisée est entrée en vigueur le 1er mai 2023 et c’est celle qui s’applique aujourd’hui.
Quelles entreprises sont concernées par la convention Syntec ?
La convention Syntec s’applique à toutes les entreprises situées en France métropolitaine et dans les DOM-TOM dont l’activité principale relève de l’un des secteurs suivants :
- Informatique et services numériques (édition de logiciels, programmation, conseil en systèmes, hébergement de données, etc.)
- Ingénierie et études techniques (bureaux d’études, essais et inspections techniques)
- Conseil aux entreprises (études de marché, conseil en management, relations publiques)
- Organisation de foires, salons et congrès (y compris l’agencement de stands et la gestion de salles)
- Traduction et interprétation
Pour savoir si votre entreprise dépend de cette convention, le plus simple est de vérifier votre code APE (aussi appelé code NAF). Voici les principaux codes rattachés à la Syntec :
| Secteur | Codes APE | Exemples d’activités |
|---|---|---|
| Informatique | 58.21Z, 58.29A/B/C, 62.01Z, 62.02A/B, 62.03Z, 62.09Z, 63.11Z, 63.12Z | Édition de logiciels, programmation, tierce maintenance, hébergement |
| Ingénierie | 71.12B, 74.90B, 71.20B | Études techniques, activités scientifiques, inspections |
| Conseil | 70.21Z, 70.22Z, 73.20Z, 78.10Z, 78.30Z | Conseil en gestion, relations publiques, études de marché |
| Événementiel | 82.30Z, 43.32C, 25.11Z, 90.04Z | Salons professionnels, agencement de stands |
| Traduction | 74.30Z | Traduction et interprétation |
Le code APE figure sur l’extrait Kbis de l’entreprise et sur chaque bulletin de paie du salarié. Ça reste le moyen le plus fiable pour trancher un doute.
Pour compléter vos connaissances sur les documents administratifs, consultez notre guide sur l’attestation employeur.
Classification Syntec : ETAM et cadres ingénieurs
La convention Syntec distingue deux grandes catégories de salariés : les ETAM (Employés, Techniciens et Agents de Maîtrise) et les Ingénieurs et Cadres (IC). Chaque catégorie possède sa propre grille de positions et de coefficients.
Classification des ETAM
La grille ETAM va de la position 1.1 (exécution simple) à la position 3.3 (autonomie de gestion). Plus le coefficient est élevé, plus le niveau de responsabilité et d’autonomie attendu est important.
| Position | Coefficient | Niveau attendu |
|---|---|---|
| 1.1 | 240 | Exécution simple sous consignes strictes |
| 1.2 | 250 | Application de méthodes de base |
| 2.1 | 275 | Compétence technique confirmée, autonomie quotidienne |
| 2.2 | 310 | Résolution de problèmes courants, choix des moyens d’exécution |
| 2.3 | 355 | Appui technique auprès des collègues, maîtrise de techniques complexes |
| 3.1 | 400 | Élaboration de solutions techniques, coordination d’un petit groupe |
| 3.2 | 450 | Gestion de dossiers techniques complets, contrôle qualité |
| 3.3 | 500 | Maîtrise totale de son domaine, responsabilité hiérarchique |
Un développeur web junior sans diplôme d’ingénieur commence souvent en 2.1 ou 2.2. Un technicien réseau expérimenté qui encadre une équipe peut être positionné en 3.1 ou 3.2.
Classification des ingénieurs et cadres
Pour les cadres, le coefficient va de 95 (débutant) à 270 (direction stratégique). La grille valorise progressivement l’initiative, la gestion de projet et le niveau d’encadrement.
La convention Syntec encadre également les règles spécifiques concernant la gestion des absences dans les entreprises concernées.
| Position | Coefficient | Profil type |
|---|---|---|
| 1.1 | 95 | Débutant assimilé cadre, mise en pratique des connaissances théoriques |
| 1.2 | 100 | Diplômé d’école reconnue, missions sous supervision directe |
| 2.1 | 105/115 | 2 ans de pratique minimum – 105 avant 26 ans, 115 à partir de 26 ans |
| 2.2 | 130 | Autonomie sur les projets, prise d’initiatives |
| 2.3 | 150 | Direction d’équipe, pleine maîtrise du métier (6 ans de pratique) |
| 3.1 | 170 | Expertise confirmée, large autonomie sous l’autorité d’un chef de service |
| 3.2 | 210 | Management de collaborateurs et d’autres cadres |
| 3.3 | 270 | Coordination entre services, impact sur la politique d’entreprise |
Le passage d’un coefficient à un autre n’a rien d’automatique. Il suppose une évolution réelle des fonctions ou l’acquisition de compétences nouvelles validées par l’employeur. Et concrètement, dans beaucoup d’ESN (ex-SSII), les salariés restent bloqués en 2.1 pendant des années… C’est légal, mais discutable.
Grille des salaires minimaux Syntec en 2026
Les salaires minimaux hiérarchiques (SMH) sont fixés par des avenants négociés entre les partenaires sociaux. Le dernier avenant salarial, signé le 27 novembre 2025 et étendu par arrêté du 14 février 2026, fixe les minima applicables au 1er janvier 2026. La revalorisation moyenne est de +2,8 % pour les ETAM et +2,5 % pour les cadres.
Salaires minimaux ETAM (base 35h, brut mensuel)
| Position | Coefficient | Salaire minimum brut mensuel |
|---|---|---|
| 1.1 | 240 | 1 815 € (inférieur au SMIC – c’est le SMIC qui s’applique) |
| 1.2 | 250 | 1 845 € |
| 2.1 | 275 | 1 875 € |
| 2.2 | 310 | 1 905 € |
| 2.3 | 355 | 2 045 € |
| 3.1 | 400 | 2 185 € |
| 3.2 | 450 | 2 340 € |
| 3.3 | 500 | 2 490 € |
Salaires minimaux ingénieurs et cadres (brut mensuel)
| Position | Coefficient | Salaire minimum brut mensuel |
|---|---|---|
| 1.1 | 95 | 2 135 € |
| 1.2 | 100 | 2 240 € |
| 2.1 (< 26 ans) | 105 | 2 315 € |
| 2.1 (≥ 26 ans) | 115 | 2 530 € |
| 2.2 | 130 | 2 850 € |
| 2.3 | 150 | 3 275 € |
| 3.1 | 170 | 3 650 € |
| 3.2 | 210 | 4 495 € |
| 3.3 | 270 | 5 755 € |
Attention, ces montants sont des planchers. En pratique, les salaires réels sont souvent bien supérieurs, surtout en Île-de-France. Un cadre position 1.1 touche rarement 2 135 € brut par mois – le médian d’embauche mesuré par l’APEC tourne plutôt autour de 36 000 € brut annuel (soit environ 3 000 € mensuels).
Comment vérifier la conformité du salaire ?
Selon l’article 7.1 de la convention, la comparaison entre le salaire réel et le SMH obéit à des règles précises. Certains éléments sont exclus du calcul :
- Primes d’assiduité, de participation et d’intéressement
- Gratifications exceptionnelles
- Remboursements de frais professionnels et indemnités de déplacement
- Heures supplémentaires et complémentaires
- Indemnité compensatrice de congés payés
En revanche, les avantages en nature (logement, véhicule de fonction) mentionnés dans le contrat de travail sont inclus. La rémunération mensuelle ne peut pas descendre en dessous de 95 % du SMH, ou 92 % si l’entreprise verse un 13e mois.
Période d’essai et préavis dans la convention Syntec
Durée de la période d’essai
La période d’essai varie selon la catégorie du salarié :
- ETAM : 2 mois (renouvelable 1 fois pour les positions 2.3 et au-delà)
- Cadres : 4 mois (renouvelable 1 fois, soit 8 mois maximum)
Le renouvellement doit être prévu dans le contrat de travail ET accepté par le salarié. Sans ces deux conditions, le renouvellement n’est pas valable.
Durée du préavis
| Motif de rupture | ETAM (< 2 ans d'ancienneté) | ETAM (≥ 2 ans) | Cadres |
|---|---|---|---|
| Démission | 1 mois | 2 mois | 3 mois |
| Licenciement | 1 mois | 2 mois | 3 mois |
| Départ en retraite | 1 mois | 2 mois | 3 mois |
| Mise à la retraite | 1 mois | 2 mois | 3 mois |
Pendant la période d’essai, le délai de prévenance est de 1 journée de travail pendant le premier mois, puis de 1 semaine par mois complet passé à compter du 2e mois. Cette règle s’applique aussi bien aux ETAM qu’aux cadres.
Congés et jours de repos Syntec
Au-delà des 25 jours de congés payés légaux, la convention Syntec prévoit des congés supplémentaires dans plusieurs situations :
- Congé d’ancienneté : 1 jour supplémentaire après 5 ans dans l’entreprise, 2 jours après 10 ans, 3 jours après 15 ans, 4 jours après 20 ans
- Congés pour événements familiaux : mariage du salarié (4 jours), naissance ou adoption (3 jours), décès du conjoint (3 jours), décès d’un parent proche (1 à 3 jours selon le lien de parenté)
Les cadres au forfait jours bénéficient en principe de jours de repos supplémentaires (souvent appelés RTT par abus de langage). Le nombre exact dépend du nombre de jours travaillés fixé dans le contrat – le plafond de la convention est de 218 jours par an, jours de solidarité inclus.
Un point que beaucoup d’employeurs oublient : le forfait jours doit faire l’objet d’un accord individuel écrit (dans le contrat ou un avenant). Sans cet accord, le salarié est soumis à la durée légale de 35 heures par semaine.
La prime de vacances Syntec
La convention Syntec impose le versement d’une prime de vacances correspondant à au moins 10 % de la masse globale des indemnités de congés payés versées aux salariés. Mais attention, cette prime est calculée sur l’ensemble des salariés de l’entreprise, pas individuellement.
Ça veut dire quoi concrètement ? L’employeur doit additionner toutes les indemnités de congés payés versées pendant la période de référence (1er juin – 31 mai), puis vérifier que le total des primes de vacances distribuées atteint au moins 10 % de cette somme.
Certaines entreprises versent cette prime en une fois (souvent en juin ou juillet), d’autres la lissent sur les 12 mois de l’année. Les deux pratiques sont conformes à la convention, à condition que le montant global atteigne le seuil de 10 %.
Un salarié qui n’a pas pris tous ses congés sur la période garde quand même le droit à sa quote-part de prime de vacances. C’est un sujet de contentieux fréquent devant les conseils de prud’hommes.
Prévoyance et mutuelle obligatoires
Couverture frais de santé
Depuis l’accord du 7 octobre 2015, toutes les entreprises relevant de la convention Syntec doivent proposer une complémentaire santé à leurs salariés. L’employeur prend en charge au minimum 50 % de la cotisation. Le panier de soins minimum est défini par le contrat responsable (100 % du ticket modérateur, forfait journalier hospitalier, forfait optique, etc.).
Régime de prévoyance
Le régime de prévoyance couvre les risques décès, incapacité de travail et invalidité. Les garanties diffèrent selon le statut :
- ETAM : couverture prévoyance obligatoire avec une cotisation répartie entre employeur et salarié
- Cadres : cotisation prévoyance obligatoire à la charge exclusive de l’employeur à hauteur de 1,50 % de la tranche A du salaire (soit jusqu’au plafond de la Sécurité sociale)
En cas de rupture du contrat ouvrant droit à l’assurance chômage, le salarié bénéficie du maintien gratuit de la mutuelle et de la prévoyance pendant une durée égale à celle de son dernier contrat, dans la limite de 12 mois. C’est ce qu’on appelle la portabilité.
Indemnités de licenciement Syntec
La convention Syntec prévoit des indemnités de licenciement plus avantageuses que le minimum légal pour les salariés ayant une certaine ancienneté.
Pour les ETAM
L’indemnité se calcule sur la base du salaire moyen des 3 ou des 12 derniers mois (la formule la plus avantageuse pour le salarié est retenue) :
- De 2 à 20 ans d’ancienneté : 1/4 de mois par année de présence
- Au-delà de 20 ans : 1/3 de mois par année de présence à partir de la 21e année
Pour les cadres
Le calcul est plus avantageux :
- De 2 à 5 ans : 1/3 de mois par année
- De 5 à 10 ans : ajouter 2/3 de mois par année entre la 6e et la 10e année
- Au-delà de 10 ans : le total est majoré d’un supplément par année au-delà de la 10e
Prenons un exemple concret. Un cadre avec 8 ans d’ancienneté et un salaire moyen de 4 000 € brut obtiendra une indemnité nettement supérieure à ce que prévoit le minimum légal (1/4 de mois par année). La différence peut représenter plusieurs milliers d’euros.
Forfait jours et temps de travail des cadres Syntec
Le forfait jours concerne principalement les cadres en position 3.1 et au-delà, ainsi que les cadres autonomes en position 2.3 moyennant un accord individuel. Le plafond est fixé à 218 jours par an.
Les cadres en position 1.1 et 1.2 sont en principe soumis à la durée légale de 35 heures. Les cadres en position 2.1 et 2.2 peuvent relever d’un forfait heures sur la semaine (jusqu’à 38h30 hebdomadaires sans majoration, au-delà avec récupération ou paiement).
Un point souvent méconnu : les cadres au forfait jours doivent bénéficier d’un entretien annuel avec leur employeur portant spécifiquement sur la charge de travail, l’organisation du temps de travail et l’articulation vie professionnelle/vie personnelle. L’absence de cet entretien peut remettre en cause la validité du forfait.
Maintien de salaire en cas d’arrêt maladie
Quand un salarié est en arrêt maladie, la convention Syntec prévoit un complément de salaire versé par l’employeur, en plus des indemnités journalières de la Sécurité sociale. La durée du maintien dépend de l’ancienneté :
- Moins de 1 an d’ancienneté : pas de maintien conventionnel (uniquement les IJSS)
- De 1 à 5 ans : maintien à 100 % pendant 1 mois, puis à 80 % pendant 1 mois
- Plus de 5 ans : la durée du maintien à 100 % puis à 80 % augmente progressivement
Le délai de carence est de 3 jours pour les ETAM et nul pour les cadres hospitalisés. En cas d’accident du travail ou de maladie professionnelle, le maintien démarre dès le premier jour.
Concrètement, le maintien de salaire fonctionne en complément : l’employeur verse la différence entre le salaire net habituel et les IJSS perçues par le salarié. Le salarié ne peut pas toucher plus que sa rémunération nette habituelle.
FAQ sur la convention collective Syntec
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▸Quel est le numéro IDCC de la convention collective Syntec ?
▸Comment savoir si mon entreprise relève de la convention collective Syntec ?
▸Comment se calcule la prime de vacances Syntec ?
▸Quels sont les salaires minimaux Syntec pour les cadres en 2026 ?
▸La convention Syntec s’applique-t-elle au télétravail ?
▸Combien de jours de congé d’ancienneté prévoit la convention Syntec ?
▸Comment fonctionne la portabilité de la mutuelle après un départ ?
La convention collective Syntec est un texte dense, mis à jour régulièrement. Pour un employeur, le vrai risque n’est pas de mal l’interpréter – c’est de ne pas la consulter du tout. Un décalage entre le coefficient du salarié et ses fonctions réelles, ou un salaire inférieur au minimum conventionnel, peut coûter cher aux prud’hommes. Côté salarié, bien connaître ses droits (prime de vacances, portabilité, jours d’ancienneté) permet de ne rien laisser sur la table.




