Votre contrat de travail prend fin et votre employeur vous remet une liasse de documents. Parmi eux, un papier souvent mal compris : l’attestation employeur. Ce document conditionne directement votre accès aux allocations chômage. Sans lui, France Travail ne peut pas calculer vos droits. Et pourtant, les erreurs sont fréquentes – côté salarié comme côté employeur.
On fait le point sur ce qu’est vraiment l’attestation employeur, comment elle fonctionne, ce qu’elle contient et ce qu’il faut faire quand ça coince. On abordera aussi l’attestation employeur pour la mutuelle obligatoire, un sujet connexe qui génère beaucoup de confusion.
Qu’est-ce qu’une attestation employeur exactement ?
L’attestation employeur est un document officiel que l’employeur transmet à France Travail (ex-Pôle emploi) et remet au salarié à la fin du contrat de travail. Elle sert à ouvrir les droits à l’allocation de retour à l’emploi (ARE).
Attention, on confond souvent trois documents bien distincts. Voici ce qui les différencie :
| Document | Qui le remet | Quand | Obligatoire ? | À quoi il sert |
|---|---|---|---|---|
| Attestation employeur (France Travail) | L’employeur, transmis à France Travail | Fin de contrat | Oui (article R.1234-9 du Code du travail) | Calculer les droits au chômage |
| Certificat de travail | L’employeur au salarié | Fin de contrat | Oui (article L.1234-19) | Prouver qu’on a travaillé dans l’entreprise, avec les dates |
| Attestation de travail (ou d’emploi) | L’employeur au salarié | À tout moment, sur demande | Non (sauf convention collective) | Justifier d’un emploi en cours (pour un bailleur, une banque…) |
Le certificat de travail et l’attestation employeur France Travail font partie des documents de fin de contrat remis obligatoirement, avec le solde de tout compte. L’attestation de travail, elle, se demande pendant le contrat – par exemple pour un dossier de location ou un prêt bancaire.
Contenu du document transmis à France Travail
Le formulaire est structuré en plusieurs cadres numérotés. Chaque cadre correspond à un bloc d’informations que France Travail utilise pour vérifier et calculer vos droits.
Informations sur l’employeur :
- Raison sociale, adresse, numéro SIRET
- Code NAF/APE de l’activité
- Effectif de l’entreprise au 31 décembre précédent
Informations sur le salarié :
- Identité complète (nom, prénom, date de naissance, numéro de sécurité sociale)
- Qualification et emploi occupé
- Statut (cadre, non cadre, apprenti…)
Données relatives au contrat :
- Date d’embauche et date de fin de contrat
- Motif de la rupture (démission, licenciement économique, licenciement pour faute, rupture conventionnelle, fin de CDD, etc.)
- Durée du préavis effectué ou non
Rémunérations :
- Salaires bruts des 24 derniers mois (36 mois si le salarié a 53 ans ou plus à la date de fin de contrat)
- Primes et indemnités versées
- Indemnités de rupture (licenciement, rupture conventionnelle…)
Ce dernier point est le plus sensible. Une erreur sur les montants déclarés peut fausser le calcul du salaire journalier de référence (SJR), et donc le montant de l’ARE versée chaque mois.
Comment le document est établi et transmis
Depuis le 1er juin 2021, la transmission est obligatoirement dématérialisée pour les entreprises de 11 salariés et plus. Concrètement, deux canaux existent :
Via la DSN (Déclaration Sociale Nominative) : c’est le canal principal. L’employeur renseigne un signalement de fin de contrat dans sa DSN mensuelle. Les données sont transmises automatiquement à France Travail. La plupart des logiciels de paie (Sage, Cegid, Silae, PayFit…) intègrent cette fonctionnalité.
Via net-entreprises.fr : pour les employeurs qui ne passent pas par la DSN, le site net-entreprises.fr permet de remplir et transmettre l’attestation en ligne.
Pour les entreprises de moins de 11 salariés, le formulaire papier reste accepté. Il est disponible auprès de France Travail. Mais même dans ce cas, la version dématérialisée est recommandée : elle est traitée plus vite et les risques d’erreur diminuent.
Le salarié, lui, reçoit un exemplaire papier de l’attestation. C’est une obligation légale distincte de la transmission à France Travail.
Délais de remise : ce que dit la loi
Le timing est précis et encadré par le Code du travail.
L’employeur doit remettre l’attestation au salarié à la date de fin effective du contrat. Même si le salarié est dispensé de préavis, c’est la date de fin du contrat qui compte, pas le dernier jour travaillé.
Côté transmission à France Travail, l’attestation doit être envoyée dans les 8 jours suivant la fin du contrat. En pratique, les entreprises qui utilisent la DSN transmettent les données dans leur déclaration mensuelle suivante.
Pour compléter cette démarche administrative, une bonne gestion des absences permet d’éviter les erreurs dans les déclarations.
Un point souvent ignoré : l’obligation vaut pour tous les types de contrat. CDD arrivé à terme, fin de mission d’intérim, démission, licenciement, rupture conventionnelle, fin de période d’essai… Peu importe le motif, l’attestation doit être produite.
Attestation employeur non remise : vos recours
C’est une situation plus courante qu’on ne le pense. L’employeur tarde, oublie ou refuse de transmettre l’attestation. Sans elle, impossible de s’inscrire à France Travail et de percevoir l’ARE.
Voici la marche à suivre, étape par étape :
- Relance amiable – Envoyez un courrier recommandé avec accusé de réception à votre employeur. Rappelez-lui son obligation légale (articles L.1234-9 et R.1234-9 du Code du travail). Fixez un délai raisonnable, par exemple 8 jours.
- Signalement à France Travail – Prenez contact avec votre conseiller. France Travail peut envoyer une relance directe à l’employeur. Dans certains cas, l’organisme peut procéder à une inscription provisoire en attendant le document.
- Saisine du Conseil des prud’hommes – Si rien ne bouge après 15 jours, vous pouvez saisir le CPH en référé (procédure d’urgence). Le juge peut ordonner la remise sous astreinte – par exemple 50 € par jour de retard.
- Demande de dommages et intérêts – Le retard dans la remise de l’attestation cause un préjudice (retard d’indemnisation). Vous pouvez demander réparation devant le CPH.
L’employeur risque aussi une amende de 1 500 € (contravention de 5ème classe) pour non-remise de l’attestation. Pour une personne morale, l’amende monte à 7 500 €.
Document perdu : comment le récupérer
Vous avez égaré votre attestation ? Pas de panique, plusieurs solutions existent.
Côté salarié : contactez directement France Travail. Si votre ancien employeur a bien transmis l’attestation par voie dématérialisée, l’organisme dispose des données dans son système. Vous pouvez demander un duplicata.
Côté employeur : votre logiciel de paie conserve normalement une copie. Si vous êtes passé par la DSN, les données sont archivées dans votre espace net-entreprises.fr. Il suffit de rééditer le document.
En dernier recours, contactez l’URSSAF qui dispose des données salariales transmises via la DSN. Ils peuvent confirmer les informations nécessaires au recalcul.
Un conseil pratique : numérisez systématiquement vos documents de fin de contrat dès réception. Un scan rangé dans un dossier dédié évite bien des complications trois ans plus tard.
Cas particuliers : CESU, intérim, rupture conventionnelle
Certaines situations sortent du schéma classique. Voici les plus fréquentes.
Employeur particulier (CESU) : le particulier employeur (garde d’enfant, aide ménagère, jardinage…) doit aussi fournir une attestation. Le Centre national du CESU génère automatiquement l’attestation employeur France Travail lors de la déclaration de fin de contrat. Le salarié la retrouve dans son espace personnel sur le site du CESU.
Intérim : c’est l’agence d’intérim (entreprise de travail temporaire) qui établit l’attestation, pas l’entreprise utilisatrice. À chaque fin de mission, une attestation est produite. Les intérimaires cumulent donc potentiellement plusieurs attestations employeur.
Contrats multiples chez le même employeur : si un salarié enchaîne plusieurs CDD chez le même employeur, une attestation est due pour chaque contrat. Les périodes de travail sont comptabilisées séparément pour le calcul des droits.
Rupture conventionnelle : l’attestation doit mentionner le motif « rupture conventionnelle » (code 058 dans la nomenclature France Travail). C’est un point de vigilance car ce motif ouvre droit à l’ARE, contrairement à la démission classique.
Apprentis et contrats de professionnalisation : même obligation. Le contrat d’apprentissage est un contrat de travail à part entière. L’attestation doit être remise à la fin du contrat.
Attestation employeur et mutuelle obligatoire : deux sujets distincts
L’expression « attestation employeur » recouvre en réalité deux documents très différents selon le contexte. On vient de détailler l’attestation destinée à France Travail. Mais il existe aussi l’attestation employeur de mutuelle obligatoire, qui répond à un tout autre besoin.
Depuis la loi ANI du 14 juin 2013, toutes les entreprises du secteur privé doivent proposer une complémentaire santé collective à leurs salariés. L’attestation de mutuelle obligatoire est le document par lequel l’employeur certifie que le salarié bénéficie de cette couverture.
À quoi sert cette attestation ? Elle permet au salarié de résilier sa mutuelle individuelle. Avant la loi ANI, beaucoup de salariés avaient souscrit une mutuelle personnelle. L’adhésion à la mutuelle d’entreprise étant obligatoire (sauf cas de dispense), il fallait un justificatif pour résilier l’ancienne sans frais ni préavis.
Que doit-elle contenir ?
- Le nom et l’adresse de l’entreprise, son numéro SIRET
- Le nom du salarié concerné
- La mention explicite que le salarié est couvert par un contrat collectif obligatoire
- La date d’effet de la couverture
- Les ayants droit couverts (conjoint, enfants) si applicable
- La signature et le cachet de l’employeur
Modèle type d’attestation mutuelle obligatoire :
Je soussigné(e) [Nom, Prénom], agissant en qualité de [Fonction] de la société [Raison sociale], SIRET [Numéro], atteste que [Nom, Prénom du salarié], employé(e) depuis le [Date d’embauche], est couvert(e) par le contrat collectif obligatoire de complémentaire santé souscrit auprès de [Nom de l’organisme assureur], sous le numéro [Référence du contrat], à compter du [Date d’effet].
Fait à [Ville], le [Date] [Signature et cachet]
L’employeur n’a aucune obligation légale de fournir cette attestation spontanément. C’est au salarié de la demander. En pratique, les services RH la fournissent sans difficulté puisqu’il s’agit d’un simple courrier.
Erreurs fréquentes et comment les corriger
Les erreurs sur l’attestation destinée à France Travail sont monnaie courante et peuvent retarder l’ouverture des droits.
Erreur sur le motif de rupture : c’est la plus problématique. Un licenciement codé comme une démission prive le salarié de l’ARE. Le salarié doit vérifier ce point dès réception du document. En cas d’erreur, il faut demander une correction immédiate à l’employeur et signaler le problème à France Travail.
Erreur sur les salaires déclarés : comparez les montants avec vos bulletins de paie. Les primes exceptionnelles, les heures supplémentaires ou les avantages en nature sont parfois oubliés. Chaque euro manquant diminue votre SJR et donc votre allocation mensuelle.
Oubli des périodes de travail : certains employeurs ne remontent pas la totalité des 24 mois (ou 36 mois). Si vous avez changé de poste ou de contrat au sein de la même entreprise, vérifiez que toutes les périodes sont bien mentionnées.
Dates incorrectes : la date de fin de contrat erronée peut décaler votre inscription et créer un différé d’indemnisation non justifié. Vérifiez que la date correspond à votre lettre de licenciement ou à votre convention de rupture.
Pour contester une erreur, adressez un courrier recommandé à votre employeur avec les justificatifs (bulletins de paie, contrat de travail, avenant). L’employeur est tenu de corriger et de retransmettre l’attestation corrigée à France Travail.
Attestation employeur et droits au chômage : les règles de calcul
France Travail utilise les données de l’attestation employeur pour deux calculs distincts.
La durée d’indemnisation : elle dépend de la durée d’affiliation, c’est-à-dire le nombre de jours travaillés pendant la période de référence. Depuis le 1er février 2023, il faut avoir travaillé au minimum 6 mois (130 jours ou 910 heures) sur les 24 derniers mois. Pour les plus de 53 ans, la période de référence passe à 36 mois.
Le montant de l’ARE : le salaire journalier de référence (SJR) est calculé à partir des rémunérations brutes déclarées sur l’attestation. L’ARE correspond à environ 57 % du SJR pour les salaires moyens et élevés, ou à 40,4 % du SJR + une partie fixe (environ 12,95 € par jour en 2024) pour les salaires plus bas. Le montant retenu est le plus favorable des deux.
| Tranche de salaire mensuel brut | ARE nette approximative | Pourcentage du salaire brut |
|---|---|---|
| 1 300 € – 1 600 € | 900 € – 1 050 € | Environ 72 % du net |
| 1 600 € – 2 500 € | 1 050 € – 1 450 € | Environ 64 % du net |
| 2 500 € – 4 000 € | 1 450 € – 2 100 € | Environ 57 % du net |
| Plus de 4 000 € | Plafonnée à environ 7 750 €/mois | Dégressif |
Ces chiffres sont indicatifs. Le calcul exact dépend de votre situation personnelle, des primes incluses et de la convention d’assurance chômage en vigueur.
L’attestation employeur est-elle obligatoire ?
Oui, l’attestation employeur destinée à France Travail est obligatoire. L’article R.1234-9 du Code du travail impose à tout employeur de la remettre au salarié et de la transmettre à France Travail à la fin de chaque contrat. Peu importe le type de contrat (CDI, CDD, intérim) ou le motif de rupture. Le non-respect de cette obligation expose l’employeur à une amende de 1 500 €.
Comment obtenir une attestation employeur en ligne ?
Le salarié ne peut pas générer lui-même l’attestation. C’est l’employeur qui la produit via son logiciel de paie ou le site net-entreprises.fr. Si l’attestation a déjà été transmise par voie dématérialisée, connectez-vous à votre espace France Travail : le document y figure dans la rubrique « Mes documents ». Les employeurs utilisant le CESU retrouvent les attestations sur le site cesu.urssaf.fr.
Quelle est la différence entre attestation employeur et certificat de travail ?
L’attestation employeur sert à ouvrir les droits au chômage auprès de France Travail. Elle contient les salaires, le motif de rupture et la durée du contrat. Le certificat de travail, lui, confirme simplement que le salarié a travaillé dans l’entreprise entre telle et telle date, à tel poste. Il ne mentionne ni la rémunération ni le motif de départ. Les deux sont remis obligatoirement en fin de contrat, mais ils n’ont pas la même finalité.
Peut-on toucher le chômage sans attestation employeur ?
En principe, non. L’attestation est le document de base pour le calcul des droits. Sans elle, France Travail ne peut pas vérifier les conditions d’affiliation ni calculer le SJR. En revanche, si l’employeur refuse de la fournir, France Travail peut procéder à une inscription provisoire et déclencher une relance auprès de l’employeur. Le salarié peut aussi saisir le Conseil des prud’hommes en référé pour obtenir le document sous astreinte.
Comment demander une attestation employeur pour la mutuelle obligatoire ?
Adressez un courrier simple ou un e-mail à votre service RH en précisant que vous avez besoin d’une attestation de couverture par la mutuelle collective obligatoire de l’entreprise. Ce document n’a pas de format imposé par la loi. Votre employeur peut le rédiger sur papier libre avec l’en-tête de la société. Il doit mentionner votre nom, la date d’effet de la couverture et le nom de l’organisme assureur. Comptez quelques jours ouvrés pour l’obtenir.
L’employeur peut-il refuser de remettre l’attestation employeur ?
Non. La remise de l’attestation est une obligation légale. Un refus constitue une infraction pénale (contravention de 5ème classe, 1 500 € d’amende pour une personne physique, 7 500 € pour une personne morale). Au-delà de l’amende, l’employeur s’expose à une condamnation au versement de dommages et intérêts pour le préjudice subi par le salarié (retard d’indemnisation, frais engagés…).
Combien de temps conserver l’attestation employeur ?
Conservez-la au minimum 3 ans après la fin du contrat. C’est le délai de prescription pour les actions en matière de salaire et de documents sociaux devant le Conseil des prud’hommes. En pratique, gardez-la plus longtemps : elle peut servir pour la reconstitution de carrière lors du calcul de la retraite. Un scan numérique suffit si l’original est égaré.




