Un magasinier qui prépare des palettes de fruits et légumes et un cadre qui pilote un entrepôt de parfumerie peuvent relever du même texte. Le lien entre eux ? La convention collective du commerce de gros, référencée sous l’IDCC 573 et la brochure 3044. Elle encadre les conditions de travail de centaines de milliers de salariés du négoce interentreprises en France.
Ce texte fixe des règles souvent plus avantageuses que le Code du travail : garantie d’ancienneté, congés pour événements familiaux élargis, préavis allongés pour les cadres. Encore faut-il savoir lesquelles s’appliquent à votre situation. Voici les chiffres qui comptent, secteur par secteur, pour l’employeur comme pour le salarié.
Commerce de gros : de quelle convention parle-t-on exactement ?
La convention collective nationale des commerces de gros porte le numéro IDCC 573 et la brochure 3044. Elle a été signée le 23 juin 1970, puis étendue et remaniée à de nombreuses reprises.
Un point souvent ignoré : depuis la fusion de la brochure 3045 dans la 3044, le champ s’est élargi. Sont désormais couverts les négociants en confiserie, biscuiterie, chocolaterie et alimentation fine, les groupements et centrales d’achats de ces secteurs, ainsi que les négociants-distributeurs de levure. Si vous cherchiez encore une CCN 3045 séparée, elle n’existe plus en tant que telle.
Le texte distingue deux grands secteurs : l’alimentaire et le non-alimentaire. Cette séparation n’est pas cosmétique. Certains avantages, comme la garantie d’ancienneté, ne concernent que le non-alimentaire. On y revient plus bas.
Quelles entreprises appliquent la convention collective du commerce de gros ?
C’est l’activité principale réellement exercée qui détermine la convention applicable, pas l’intitulé commercial ni l’enseigne. Le code NAF/APE attribué par l’INSEE sert de premier indice, mais il ne fait pas foi à lui seul en cas de litige.
Quelques codes NAF qui rattachent habituellement une entreprise à l’IDCC 573 :
| Code NAF | Activité |
|---|---|
| 4622Z | Commerce de gros de fleurs et plantes |
| 4631Z | Commerce de gros de fruits et légumes |
| 4645Z | Commerce de gros de parfumerie et produits de beauté |
| 4647Z | Commerce de gros de meubles, tapis et appareils d’éclairage |
| 4669A | Commerce de gros de matériel électrique |
| 4673A | Commerce de gros de bois et matériaux de construction |
| 4690Z | Commerce de gros non spécialisé |
La liste réelle dépasse la trentaine de codes. Un grossiste en produits surgelés (4639A), un distributeur d’appareils électroménagers (4643Z) ou un négociant en produits chimiques (4675Z) entrent aussi dans le champ. Le point commun : la vente à d’autres professionnels, pas au consommateur final. Un commerce de détail classique relève d’une autre convention.
Attention au piège du multi-activité. Une entreprise qui fait à la fois du gros et du détail applique la convention correspondant à son activité dominante en chiffre d’affaires ou en effectif. En cas de doute, l’inspection du travail ou un avocat en droit social tranche.
Pour mieux comprendre le fonctionnement général des conventions collectives, consultez notre guide complet.
Période d’essai : des durées calquées sur le statut
La période d’essai ne se présume jamais. Elle doit être écrite noir sur blanc dans le contrat ou la lettre d’engagement, sinon elle n’existe pas. Les durées suivent le statut du salarié :
| Statut | Durée initiale | Maximum après renouvellement |
|---|---|---|
| Ouvriers et employés | 2 mois | 4 mois |
| Agents de maîtrise et techniciens | 3 mois | 6 mois |
| Cadres | 4 mois | 8 mois |
Le renouvellement n’a rien d’automatique. Il faut qu’il soit prévu au contrat et que le salarié en soit informé avant la fin de la première période. Un détail qui coince souvent : une absence pendant l’essai (arrêt maladie, congé) prolonge la période d’autant de jours. Si un employé pose une semaine d’arrêt sur un essai de deux mois, l’essai court sept jours de plus.
Salaires minima et garantie annuelle de rémunération
Les salaires minima sont calculés sur une base de 151,67 heures mensuelles, soit 35 heures par semaine. La grille classe les postes par statut, par échelon (de 1 à 3 jusqu’au niveau VIII, puis de 1 à 2 du niveau IX au niveau X) et par niveau.
Comme pour la convention collective restauration rapide, les salaires minima sont calculés sur une base de 151,67 heures mensuelles.
Ces montants sont revus par avenant salaires, en général une à deux fois par an, au gré des négociations de branche. Aucun coefficient ne peut descendre sous le SMIC : quand le salaire minimum interprofessionnel augmente, les premiers échelons de la grille sont mécaniquement rattrapés, même si l’avenant n’a pas encore été signé. Pensez à vérifier la date du dernier avenant étendu avant de vous fier à une grille trouvée en ligne. Beaucoup de sites affichent encore des valeurs périmées… parfois vieilles de plusieurs années.
À côté du minimum mensuel, la convention prévoit une garantie annuelle de rémunération. Elle vérifie que le cumul des salaires versés sur l’année atteint bien un plancher conventionnel, primes comprises pour partie. Un salarié payé au minimum chaque mois mais privé de certains éléments peut ainsi réclamer un rattrapage en fin d’année.
La garantie d’ancienneté : l’avantage phare du non-alimentaire
Voilà l’un des points les plus intéressants du texte, et l’un des plus méconnus. La garantie d’ancienneté ne concerne que le secteur non alimentaire. Elle majore la rémunération annuelle en fonction de l’ancienneté dans l’entreprise.
Le calcul part de la somme des 12 salaires mensuels bruts conventionnels de l’année civile écoulée, majorée par tranches de quatre ans :
- 5 % après 4 ans d’ancienneté
- 9 % après 8 ans d’ancienneté
- 13 % après 12 ans d’ancienneté
- 17 % après 16 ans d’ancienneté
Concrètement, un salarié non alimentaire présent depuis 12 ans voit sa base annuelle conventionnelle majorée de 13 %. Sur un salaire conventionnel de 24 000 euros bruts annuels, ça représente un plancher garanti de plus de 27 000 euros. Attention au contresens fréquent : il ne s’agit pas d’une prime versée en plus chaque mois, mais d’un minimum en dessous duquel la rémunération réelle ne peut pas tomber. Si le salaire effectif dépasse déjà ce seuil, la garantie ne se traduit par aucun versement supplémentaire.
Cette mécanique récompense la fidélité sans obliger l’employeur à verser une prime distincte chaque mois. Côté salarié, elle mérite un vrai coup d’œil sur le bulletin de paie de décembre, période où le calcul annuel se vérifie.
Congés pour événements familiaux : le barème complet
Le Code du travail fixe des congés exceptionnels minimaux. La convention du commerce de gros va plus loin sur plusieurs événements, et surtout sans condition d’ancienneté. Ces jours n’entraînent aucune baisse de salaire.
| Événement | Durée |
|---|---|
| Mariage du salarié | 4 jours |
| Décès du conjoint, partenaire de PACS, concubin notoire ou d’un enfant | 3 jours |
| Naissance ou adoption d’un enfant | 3 jours |
| Mariage d’un enfant | 2 jours |
| Décès du père ou de la mère | 2 jours |
| Décès des beaux-parents | 2 jours |
| Décès d’un frère, sœur, beau-frère, belle-sœur ou grand-parent | 1 jour |
| Communion solennelle d’un enfant | 1 jour |
| Appel de préparation à la défense nationale | 1 jour |
| Déménagement pour changement de domicile | 1 jour |
Le jour de déménagement surprend souvent : peu de conventions l’accordent, celle-ci le prévoit. Autre nuance utile, des jours supplémentaires non payés peuvent être octroyés dans les cas sérieux, sous réserve de l’organisation du travail. Un décès à l’étranger qui impose un long déplacement, par exemple, se négocie parfois avec la hiérarchie.
Pour les congés payés annuels, en revanche, la convention renvoie aux dispositions légales : cinq semaines par an, acquises à raison de 2,5 jours ouvrables par mois travaillé. Rien de plus généreux que la loi sur ce point précis.
Préavis et indemnités de licenciement
Le préavis est dû par celui qui rompt le contrat, salarié comme employeur, sauf faute grave ou lourde. Les durées grimpent avec le statut :
| Statut | Durée de préavis |
|---|---|
| Employés et ouvriers | 1 mois (2 mois si plus de 2 ans d’ancienneté et rupture à l’initiative de l’employeur) |
| Agents de maîtrise et techniciens | 2 mois |
| Cadres et cadres dirigeants | 3 mois |
Cette majoration à deux mois pour les employés licenciés après deux ans de maison passe souvent inaperçue. Elle ne joue qu’à l’initiative de l’employeur : un salarié qui démissionne reste sur un mois.
Pour l’indemnité de licenciement, hors faute grave ou lourde, un salarié comptant au moins un an de présence y a droit. Le barème conventionnel :
- 1/5e de mois de salaire par année d’ancienneté jusqu’à 10 ans
- 1/5e de mois par année, plus 2/15e de mois par année au-delà de 10 ans
Le salaire de référence retenu est le plus avantageux entre deux bases : le douzième de la rémunération des 12 derniers mois, ou le tiers des 3 derniers mois (primes et gratifications annuelles au prorata). Dans la pratique, la seconde base gagne quand un treizième mois ou une prime tombe pendant ce trimestre. Faites tourner les deux calculs avant de signer un solde de tout compte.
Prévoyance, frais de santé et formation
Comme toute branche, le commerce de gros impose un socle de protection sociale complémentaire. La mutuelle d’entreprise est obligatoire depuis 2016 pour tous les salariés, avec une participation employeur d’au moins 50 % de la cotisation. Le régime de prévoyance couvre les risques lourds : incapacité, invalidité, décès. Les garanties minimales sont fixées par la branche, un contrat d’entreprise peut faire mieux mais pas moins.
Côté formation, les entreprises du commerce de gros non alimentaire versent leurs contributions à l’Opcommerce, l’opérateur de compétences du secteur. C’est lui qui finance l’alternance, les plans de développement des compétences et une partie des reconversions. Un employeur qui veut faire monter un magasinier vers un poste de responsable d’entrepôt passe généralement par ce canal.
Un mot sur la promotion interne : l’accès définitif à un emploi de niveau supérieur suppose d’avoir occupé ce poste pendant trois mois consécutifs. En dessous, il s’agit d’un remplacement temporaire, pas d’une promotion actée.
Questions fréquentes sur la convention collective du commerce de gros
▸Quel est le numéro IDCC de la convention collective du commerce de gros ?
▸Comment savoir si mon entreprise relève de la convention collective du commerce de gros ?
▸Quelle est la durée de la période d’essai dans le commerce de gros ?
▸La garantie d’ancienneté s’applique-t-elle à tous les salariés du commerce de gros ?
▸Combien de jours de congé pour un mariage dans le commerce de gros ?
▸Quel préavis pour un cadre dans le commerce de gros ?
Ce qu’il faut retenir
Après avoir épluché le texte, deux réflexes valent le détour. Pour un salarié du non alimentaire, la garantie d’ancienneté est l’avantage à surveiller de près : elle sécurise la rémunération sur le long terme et se vérifie sur la paie de décembre. Pour un employeur, la prudence porte plutôt sur les grilles de salaires, qui bougent au fil des avenants et exposent à des rappels si on laisse traîner.
Le point faible du dispositif reste sa lisibilité. Entre secteur alimentaire et non alimentaire, fusion des brochures et renvois au Code du travail sur les congés payés, s’y retrouver demande un peu de méthode. Un conseil simple : partez toujours du texte étendu le plus récent, jamais d’une synthèse datée. Et gardez sous le coude le numéro IDCC 573, c’est lui qui ouvre toutes les bonnes portes.




